Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (1)

3 mars 2011 par Philippe Mijon Laisser une réponse »

Comment aborder la phonétique, dès les premières classes et dès le niveau débutant ? Pris presque au dépourvu, on ne sait généralement pas par quoi commencer… eh bien par le commencement, c’est à dire la prosodie ! Bien avant de faire, par exemple, l’activité que je vous proposais il y a quelques mois et qui vise à ce que les étudiants découvrent par eux-mêmes les règles de la prosodie française, vous pouvez commencer par les sensibiliser à ses particularités. Comment ? Je vous propose de voir aujourd’hui et les deux prochaines fois des activités d’imitation/répétition très simples.

1. Imitation de l’accent français dans la langue maternelle de l’étudiant

Les apprenants s’amusent beaucoup à imiter l’accent des Français qui parlent leur langue. Les encourager à le faire leur permet de se désinhiber (pour une fois, ce ne sont plus eux qui ont l’air ridicule en essayant de bien prononcer le français) et d’assimiler inconsciemment les premières règles de prosodie. Plus l’imitation est caricaturale, meilleure elle est : celui qui imite bien a compris.

2. Prononcer des mots, noms, expressions internationaux ou qui sont communs à la L1 et la L2

Voici par exemple une petite liste que j’utilise avec des étudiants hispanophones : Pavarotti, Madonna, Alonso, Zapatero, grosso modo, zorro, fiasco, parking, cinéma, Carmen, abracadabra, Mexico, patio, Los Ángeles, Penelope Cruz, Ulldecona, Antonio Banderas, métro, CD, etc.

Là encore, il s’agit de retrouver, en s’en amusant voire en s’en moquant, l’accent français pour tous ces mots qu’ils connaissent bien.

3. Reproduction de suites logatomiques

Un logatome est un mot (ou encore une syllabe) dénué de signification. On utilise généralement trois types de logatomes : lalala/dadada/mmmm ; chacun a ses adeptes pour différentes raisons. Disons simplement que pour beaucoup la déperdition d’énergie est trop grande avec le mumming sound (mmmm) ; le lalala, construit sur une liquide ([l]), permet mal de détacher distinctement les syllabes. Avec le dadada, qui associe deux éléments contrastés, la voyelle la plus longue et la plus détendue, et une consonne courte et explosive, chaque syllabe est bien nette et séparée des autres. De toute manière, ces trois logatomes font tous ressortir les fréquences de la fondamentale (environ 150 Hz) auxquelles notre corps est très réceptif.

Pourquoi utiliser des logatomes ? Parce qu’il est important d’évacuer le sens : l’étudiant, durant la séance de phonétique (mais d’une manière plus générale, à chaque fois qu’on travaille la forme) se raccroche toujours au sens, ce qui est source de problèmes.

En parole spontanée, quand un locuteur parle sa langue maternelle, on distingue la production de sens (c’est à dire l’adéquation lexicale et morphosyntaxique), qui est un traitement de haut niveau, de la production de sons qui est un traitement de bas niveau et complètement automatisé. En FLE, un conflit procédural surgit : l’étudiant ne peut pas traiter ces deux composantes et revient en terrain connu (c’est à dire qu’il se concentre sur la production de sens) au détriment de la composante sonore, dont il n’a au fond que faire. Le logatome permet donc de désactiver le traitement de haut niveau pour se concentrer sur la production de sons.

Trois types d’activités ici, du plus simple au plus compliqué. L’étudiant répète le logatome que vous lui proposez (n’oubliez pas d’y mettre du rythme, une intonation, etc.). Un deuxième exercice consiste à transformer un énoncé (d’abord court puis de plus en plus long) en logatome. Vous proposez par exemple : « comment ça va ? » et l’étudiant doit formuler : « da/da/da/da ? », en respectant la prosodie de départ. Le troisième exercice est le plus difficile et vous ne pourrez le faire qu’avec des étudiants déjà bien aguerris. Il consiste à proposer un logatome que l’étudiant « remplira » selon sa convenance en respectant, cette fois encore, la prosodie du logatome de départ. Vous proposez par exemple : « da/da/da/da ? », et l’étudiant formule : « Il est parti ? » ou « C’est bien ici ? », etc.

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12 commentaires

  1. ALiCe__M dit :

    Merci pour cet excellent article !

  2. Philippe dit :

    Merci à vous !!

  3. sylvie dit :

    les activités proposées sont à la fois originales et amusantes!!!!!!!

  4. sylvie dit :

    J’y reviens très souvent!!!

  5. Philippe dit :

    Merci ! Ça fait toujours plaisir à entendre ! :-)

  6. sylvie dit :

    En effet, je suis en train de rédiger mon mémoire en master 1 FLE sur l’importance de la prosodie dans la compréhension orale et ca m’aide beaucoup!!!!!

  7. Philippe dit :

    Très bien !! Si vous avez quelques doutes et que je peux y répondre, ce sera un plaisir !

  8. sylvie dit :

    j ‘y penserai , merci

  9. marianne dit :

    Bonjour,
    Merci pour vos articles qui sont très intéressants et assez uniques sur la toile puisque peu de blogs ou sites proposent un récit d’expériences et des activités pour la classe sur la phonétique comme le vôtre. Je suis actuellement en train de réfléchir à la mise en place d’un atelier de phonétique pour mes étudiants australiens (débutants), à raison d’une heure par semaine pendant environ 10 semaines. Et la grande question que me je me pose est celle que vous posez en début d’article, à savoir « par quoi commencer? ». Vous dites par la prosodie, mais je me demande à quel point cela est faisable…Comment travailler la prosodie sans avoir d’abord aborder les apects fagmentaux qui permettent de prononcer les mots et les phrases? Beaucoup d’auteurs disent la même chose que vous mais j’avoue avoir du mal à me représenter une séance sur la prosodie avec mes étudiants qui ont bien de la peine à prononcer les sons du français…Avez-vous vous donc déjà travaillé la prosodie avec des débutants en début de parcours? Des stratégies à me recommander? Merci encore pour votre blog. Je suis totalement novice dans le domaine de la phonétique mais le sujet me passionne!

  10. Philippe dit :

    Bonjour Marianne,
    Je vous confirme qu’il est possible (et souhaitable!) de commencer par la prosodie ! Je le fais systématiquement pour tous mes groupes et cela fonctionne très bien. C’est justement parce que vos « étudiants ont bien de la peine à prononcer les sons du français » qu’il faut commencer par là ! Je sais que cela peut paraître étrange et un peu déstabilisant pour le prof de se lancer dans des activités avec lesquelles il est peu familier (et cela dès les premières heures de cours) mais je vous conseille vraiment de vous lancer, ce sera moins « bizarre » et plus efficace que ce que vous croyez peut-être. Ce sera aussi très amusant pour vos étudiants ; tous les profs cherchent toujours des « ice breaker » : ces types d’activités en sont précisément de très bons ! Voyez les activités que je propose, commencez par les faire imiter les Français quand ils parlent anglais, faites-les reproduire de suites logatomiques (mais pour cela il faudra que vous vous exerciez chez vous avant), travailler le rythme et l’accent primaire, etc.
    Bon courage et tenez-moi au courant !
    Désolé de vous répondre un peu tard, je reviens de quelques jours de repos (bien mérités !)
    Bien à vous,

  11. Melusine dit :

    Merci beaucoup pour cet article intéressant et ces activités ludiques ! Je les testerai lors de mon prochain stage …

    Je suis actuellement en M2 FLES et je reviens sur votre blog pour y chercher des pistes de réflexion, idées, ou tout simplement des compléments, ça m’est très utile !! Merci encore de partager le fruit de votre travail avec nous !

    Bonne continuation cher Philippe !

  12. Philippe dit :

    Merci à vous pour ce retour. C’est toujours un grand plaisir de voir que ces petits posts sont utiles à d’autres !

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