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Analyse d’une séquence de correction verbo-tonale en FLE (1)

7 février 2014

Aujourd’hui et la prochaine fois, je vous propose d’analyser la première minute d’une séance de correction phonétique verbo-tonale. Cela vous permettra de voir un peu à quoi ressemble ce type de séance. Vous verrez aussi que, même avec de nombreuses heures de pratique, on tâtonne ou on se trompe parfois ! –cela vous encouragera, j’espère, à vous lancer dans l’aventure, sans craindre trop vos propres approximations, surtout au début.

Comme souvent, j’utilise ici les dialogues d’Archipel, que j’ai d’ailleurs proposé dans un autre post.

 

 

Prof : …et il essaie de la convaincre et il lui dit : 

Prof : [savatfɛRdybjɛ̃]

Étudiant : [savat… savatɘfɛRdybjɛ̃]

Ici, l’étudiant s’arrête après avoir reproduit les deux premières unités et recommence. C’est normal. La mémoire sollicitée est la mémoire de travail ou à court terme : c’est avant tout une mémoire phonique mais elle est très vite saturée (3/4 unités c’est-à-dire 3/4 syllabes) et très volatile (1,5 seconde). Or ici l’énoncé à reproduire est de 5 syllabes.

Mais le problème est que l’étudiant a rétabli le e caduc que j’avais supprimé. On peut supposer qu’ayant des difficultés à mémoriser les 5 unités, il recompose intellectuellement l’énoncé qu’il a parfaitement compris (il a un niveau B1) : il lit mentalement ; c’est l’un des effets du conflit procédural : production de sens versus production de son. L’étudiant qui ne peut pas traiter ces deux composantes simultanément revient en terrain connu : il se concentre sur la production de sens au détriment de la composante sonore, dont il n’a au fond que faire. Le problème est que, lisant mentalement l’énoncé, il se trompe sur le nombre d’unités à reproduire.

J’aurais pu choisir de travailler les phonèmes, mais je vous rappelle que la prosodie est primordiale et qu’elle est, selon l’expression consacrée, le moule dans lequel se réalisent les phonèmes. Avant de me lancer dans le travail des éléments segmentaux, il faut donc m’assurer que les éléments prosodiques (ici, le nombre d’unités du groupe rythmique) sont stabilisés.

Prof : [savat]

Je choisis de travailler en découpage intermédiaire de façon à éponger l’émergence du e caduc. J’isole aussi visuellement ce groupe, avec un mouvement de la main qui balaie vers la gauche. Ici, j’aurais aussi bien pu décider d’utiliser un autre instrument et de travailler en logatome, par exemple.

Étudiant : [savat]

Aucune difficulté pour l’étudiant.

Prof : [fɛR]

Deuxième partie de l’énoncé. Visuellement, j’isole cette fois ce groupe d’un mouvement de la main droite qui balaie vers la droite.

Étudiant : [fɛR]

L’étudiant ne rencontre pas non plus ici de difficulté.

Prof : [savat/fɛR]

Il reste à réunir les deux groupes. Ici, on ne me voit malheureusement pas, mais je propose l’énoncé de départ en continuant à associer chaque groupe à un mouvement de mains et en y incluant une légère pause pour ne pas que le e caduc réapparaisse.

Étudiant : [savatfɛR]

L’étudiant a éliminé le e caduc dans sa reproduction de l’énoncé. Ici, le travail est rapide. C’est que l’étudiant a déjà été sensibilisé à ce phénomène : ce n’est pas la première fois qu’il travaille, en séance de correction phonétique, ce point particulier. Le plus souvent, surtout au début, il est nécessaire d’augmenter assez grandement la pause (pour la diminuer ensuite petit à petit) entre les deux groupes afin de s’assurer que le e caduc ne revienne pas.

Prof : [savatfɛRdybjɛ̃]

Je peux même me permettre de lui proposer à nouveau l’énoncé de départ en supprimant la pause et en diminuant les gestes associés. L’essentiel est qu’il garde en tête l’existence de deux groupes : savat/fɛR

Étudiant : [savatfɛRdybjɛ̃]

Ici, l’étudiant, fort de son expérience passée en séance de phonétique, reproduit bien l’énoncé. Ce n’était pas gagné d’avance, il aurait très bien pu réintroduire le e caduc. Cette dernière étape me permet aussi de voir où nous en sommes dans la progression.

Prof : OK, c’est ça, c’est ça…

Toujours penser à évaluer positivement le travail de l’étudiant par un geste, un sourire et/ou verbalement.

La fonction expressive de la prosodie (prosodie et sémantique)

4 avril 2012

« Vous n’habitez pas Londres, alors? »

– Non, non, pas Londres même. J’habite Watford.

– Ah, Watford, a-t-il répété sans que je puisse déterminer si son intonation exprimait la curiosité, le dédain, la commisération ou autre chose.

Jonathan Coe, La vie très privée de Mr Sim

 

La prosodie (c’est à dire les règles d’accent, de rythme, de mélodie, de débit et de pauses) n’est pas seulement le moule dans lequel se réalisent les phonèmes d’une langue. On ne souligne jamais assez l’importance de sa fonction expressive, c’est à dire que prosodie et sémantique sont étroitement liées. La phonétique a longtemps été le parent pauvre du FLE (ne nous plaignons pas : ça change, ça change…), mais dans le champ même de la phonétique la prosodie reste encore largement négligée…

Combien croyez-vous que d’intonations de base sont couramment transmises à des étudiants FLE ? Deux ! Dans le meilleur des cas, trois : l’affirmation, la question et l’ordre. Or, dès 1966, Delattre publie Les 10 intonations de base du français. G. Faure, en 1970, défend l’idée du parallélisme entre un système « segmental », phonématique, et un système « supra-segmental », prosodématique. Dans les méthodes FLE, Voix et images de France (1960) manifeste un réel intérêt pour le rythme et l’intonation. Plus tard, C’est le Printemps (1975) envisage l’étude de certaines modalités expressives de base dès le début de l’apprentissage (grâce aux logatomes).

La prosodie nous permet en effet d’exprimer la joie, la tristesse, le doute, l’ironie, l’insistance, l’incrédulité, l’intérêt, le mépris, la réserve, l’indifférence polie, etc., bref, toute la gamme des sentiments humains. Accent primaire, accent de parole, rythme, débit, pauses, mélodie, tous les instruments sont réquisitionnés pour dire plus que ce que nos mots disent. La phrase : « Tu as rencontré Jean en Hollande ? » aura différentes significations selon la façon dont on la dira : intonations montantes sur Jean et Hollande : question sur Jean et Hollande ; intonation montante seulement sur Hollande : question sur Hollande ; intonation montante sur Jean et descendante sur Hollande : question sur la personne.

Certains expliquent la place traditionnellement limitée de la prosodie par le peu de marques écrites qu’elle laisse.  , ; . : ! ? … sont en effet les seules traces des éléments rythmico-mélodiques à l’écrit. Mais combien de textes resteraient figés dans une prosodie s’il avait été possible à leur auteur de spécifier par écrit toutes les nuances de la prosodie auxquelles il songeait ? C’est tout l’art de l’interprétation au théâtre ou au cinéma de jouer à fond sur cette dimension de la langue. Michel Bouquet expose précisément que l’art de l’acteur est « de couper plus ou moins la phrase et de lui apporter certaines accentuations afin d’en souligner la valeur et le sens. C’est exactement plaquer une mélodie sur la phrase » (La leçon de comédie, Archimbaud, 2003, p. 58-59). Si le texte est grand, c’est qu’il peut être dit d’une multitude de façons qui sont chacune justes.

Combien de remarquables interprétations grâce au pouvoir de la prosodie parfaitement maîtrisée par des acteurs au sommet de leur art ! Je pense par exemple à la scène de Cyrano où Roxanne annonce à Cyrano qu’elle aime Christian : pour toute réponse, notre héros gascon y multiplie de simple « Ah ! ». Dans le film de Rappeneau, Gérard Depardieu module naturellement toutes ces interjections ; chaque « Ah ! » a son intonation, sa longueur, son rythme, et chacun a donc une signification différente.

Songez aussi que certaines pièces de théâtre ont été écrites précisément à partir de la prosodie : Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute, où deux personnages se disputent sur le fait de savoir comment a été prononcée, par l’un deux, la phrase : « C’est bien ça ! ». Mépris ? Envie ? Admiration ? C’est tout le sujet de la pièce ! On peut évidemment mentionner Finissez vos phrases de Tardieu, qui montre par l’absurde que ce qui fait sens, dans nos propos, ne sont pas les mots, c’est à dire les phonèmes/morphèmes, mais précisément la prosodie.

Le problème de cette fonction expressive est parfois le manque de consensus pour les natifs eux-mêmes ; chacun peut avoir sa propre interprétation d’un schéma rythmico-mélodique. Cela relève du domaine de la phonostylistique, qui étudie « les valeurs expressives de la langue exprimées par les sons de la parole ».

Quoi qu’il en soit, il est relativement facile de dégager une dizaine de modèles prosodiques qui expriment des sentiments de base. Suivant l’exemple de Pietro Intravaia*, qui dans son ouvrage s’était amusé à multiplier les nuances affectives de simples phrases comme « Il a une voiture » ou « Et vous le vendez », je vous propose d’écouter 7 fois la phrase : « Il va neiger demain. » Si nous pouvions au moins travailler en classe ces 7 modèles très récurrents en français oral, ce serait déjà bien !

1. Affirmation
2. Question
3. Vérification (n’est-ce pas ! j’ai bien compris ?)
4. Surprise (je ne savais pas)
5. Incrédulité, doute
6. Insistance devant scepticisme (puisque je te dis)
7. Affolement (mes beaux géraniums vont y passer !)

Je pourrai, dans un prochain post, essayer de définir ces modèles : ce n’est pas précisément facile. C’est pour cette raison qu’il est plus simple de les faire répéter par les étudiants.

*Formation des professeurs de langue en phonétique corrective, Le système verbo-tonal, P. Intravaia, CIPA, 2003

Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (3)

1 avril 2011

Troisième et dernier article sur les activités d’imitation/répétition très simples qui vous permettent de sensibiliser vos apprenants FLE à la prosodie française !

 

7. Battement du rythme

On peut tout utiliser pour battre le rythme, mais la manière la plus facile et sans aucun doute la plus efficace est celle de frapper dans ses mains, car on peut aisément moduler le volume sonore : à pleines mains, avec les paumes, ou seulement de l’extrémité des doigts. Une activité simple et très efficace est celle où on fait « tourner » des mots ou de courts énoncés parmi le groupe. Rendons à César ce qui est à César, c’est Régine Llorca (dont je reparlerai ici dans quelque temps) qui avait inventé cet exercice et que j’avais vue travailler il y a déjà quelques années.

Dans un premier temps, on se contente de mots d’une syllabe. Le groupe, en cercle, imprime un rythme : chacun tape dans ses mains (ne pas aller trop rapidement et veiller à ce que les étudiants n’accélèrent pas durant l’exercice). A chaque impulsion, et suivant une rotation dans le sens des aiguilles d’une montre (ou dans le sens inverse), un étudiant prononce un mot d’une syllabe. Si l’étudiant ne sait pas quoi dire quand c’est son tour, il peut simplement prononcer « Da ».

En général, les apprenants croient ne pas connaître suffisamment de mots et « paniquent » quand c’est leur tour (mais, pour ce même exercice, même des natifs stressent un peu, essayez vous-même, vous verrez !) ; pour cette raison, avant l’exercice, je note au tableau, sous leur dictée, une liste de mots d’une syllabe qu’ils peuvent citer : cela constitue une espèce d’anti-sèche qui les tranquillise (l’inconvénient est qu’ils restent « collés » à cette liste et n’en sortent pas : la deuxième fois qu’on fait l’exercice, on peut se passer de cette étape). Au début, je vous conseille de les laisser taper à pleines mains pour faire un maximum de bruit : vous n’entendrez pas ce que disent les étudiants mais cela leur permet justement de se « cacher » derrière ce bruit et de s’installer dans l’activité. Ensuite, demandez-leur de battre le rythme simplement de l’extrémité des doigts.

Dans un deuxième temps, recommencez l’activité mais avec des mots ou des groupes de mots de deux syllabes. L’objectif consiste, quand c’est son tour, à dire la deuxième syllabe lors de la pulsation rythmique du groupe. Puis faites l’exercice avec 3 et 4 syllabes (avec toujours la pulsation rythmique sur la 3ème et la 4ème syllabe).

À titre d’exemple, vous aurez un résultat du type : Comment ça va ? /  j’ai mal au bras /  hippopotame / le chien qui dort / etc. (en caractères gras : la pulsation rythmique)

Ce n’est pas un exercice facile. Mais avec un peu de pratique, vous verrez que les apprenants commencent à noter, d’une manière auditive mais aussi physiquement, qu’en français la syllabe accentuée est toujours en fin de groupe. Et c’est très amusant !

Quand votre groupe commencera à être à l’aise avec l’activité, vous pourrez lui proposer, comme Régine Llorca le fait, de continuer cette histoire : « Lundi matin / j’ai rencontré/… »

Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (2)

16 mars 2011

Afin de sensibiliser vos apprenants FLE à la prosodie française, voici d’autres activités d’imitation/répétition très simples.

4. Les comptines

Souvenez-vous : lorsque vous appreniez votre langue maternelle, vos parents vous ont sûrement chanté quelques comptines. Vous adoriez, d’ailleurs, les répéter ad nauseum ! C’est que les comptines sont parfaites pour apprendre la prosodie d’une langue : elles font percevoir ses composantes rythmiques et ses intonations logiques.

Facilement perçue, facilement mémorisée, une comptine est également facilement reproduite. De plus, sa structure répétitive, fermée, permet d’anticiper, et donc de s’y « installer » : en un mot elle donne confiance à l’apprenant.

Cherchez donc dans votre mémoire toutes les chansons de votre enfance : les Frère Jacques, Amstram gram, Sur le pont d’Avignon, Une souris verte, etc. feront parfaitement l’affaire et vous serez surpris du résultat !

5. Sensibilisation à l’expressivité

Tous les étrangers connaissent l’expression française : « Oh la la ! », qui leur semble toujours le comble de la langue français. Peu savent combien cette expression est riche de significations suivant l’intonation qu’on lui prête. De « Je suis fatigué » à « Il va arriver une catastrophe ! » en passant par les cris d’admiration, « Oh la la ! » offre une palette très large. Avec des débutants, vous pouvez leur en proposer vous-même différentes versions et leur en demander ensuite la signification (dans quelles situations on pourrait les dire). C’est l’occasion pour eux de les réemployer. Avec les niveaux plus avancés, il est possible que les étudiants eux-mêmes proposent des intonations différentes pour « Oh la la ! ». Pour pouvez décliner ces activités avec d’autres phrases comme « Eh ben dis donc ! » ou « Et voilà ! ».

Pour ceux qui ont accès aux cds du livre de Pietro Intravaia, vous pourrez travailler avec les documents sonores qui proposent jusqu’à treize significations différentes de phrases aussi simples que « Il a une voiture » et « Et vous vous le vendez ? »

6. Découpage régressif ou progressif

Ils permettent une mémorisation de longs énoncés. Le découpage peut être syllabique (à l’intérieur d’un groupe rythmique) ou en groupes rythmiques (GR).

Le découpage syllabique progressif en syllabation ouverte sensibilise aux enchaînements, aux pauses, aux élisions ; il fait percevoir que les syllabes atones sont bien réalisées et « tendues » (c’est à dire le rythme isosyllabique du français). Ex. : « Il est arrivé c’matin » : i ; i/lest ; i/lest/ta ; i/lest/ta ; i/lest/ta/rri ; i/lest/ta/rri/vés ; i/lest/ta/rri/vés/ma ; i/lest/ta/rri/vés/ma/tin.

Le découpage syllabique régressif sert à désactiver l’accès et la recherche de sens et oblige ainsi l’apprenant à l’écoute ; il fait mieux percevoir (et mieux mémoriser puisqu’elle est répétée à chaque production) la syllabe accentuée du GR. Ex. : « Il est arrivé c’matin ? » : tin ? ; ma/tin ? ; vés/ma/tin ? ; ri/vés/ma/tin ? ; ta/rri/vés/ma/tin ? ; lest/ta/rri/vés/ma/tin ? ; i/lest/ta/rri/vés/ma/tin ?

Le découpage en GR régressif est très utile pour mieux placer l’intonation. Ex. : maintenant ! ; pourquoi tu dis ça/ maintenant ! ; Je ne comprends pas / pourquoi tu dis ça / maintenant !

Avec le découpage en GR progressif, l’étudiant perçoit mieux la syllabe accentuée (c’est à dire allongée) : Je ne lis pas ; Je ne lis pas / les journaux français ; Je ne lis pas / les journaux français / quand je voyage ; Je ne lis pas / les journaux français / quand je voyage / à l’étranger.

Les découpages sont également utiles pour la correction des phonèmes, mais nous le verrons plus tard !

Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (1)

3 mars 2011

Comment aborder la phonétique, dès les premières classes et dès le niveau débutant ? Pris presque au dépourvu, on ne sait généralement pas par quoi commencer… eh bien par le commencement, c’est à dire la prosodie ! Bien avant de faire, par exemple, l’activité que je vous proposais il y a quelques mois et qui vise à ce que les étudiants découvrent par eux-mêmes les règles de la prosodie française, vous pouvez commencer par les sensibiliser à ses particularités. Comment ? Je vous propose de voir aujourd’hui et les deux prochaines fois des activités d’imitation/répétition très simples.

1. Imitation de l’accent français dans la langue maternelle de l’étudiant

Les apprenants s’amusent beaucoup à imiter l’accent des Français qui parlent leur langue. Les encourager à le faire leur permet de se désinhiber (pour une fois, ce ne sont plus eux qui ont l’air ridicule en essayant de bien prononcer le français) et d’assimiler inconsciemment les premières règles de prosodie. Plus l’imitation est caricaturale, meilleure elle est : celui qui imite bien a compris.

2. Prononcer des mots, noms, expressions internationaux ou qui sont communs à la L1 et la L2

Voici par exemple une petite liste que j’utilise avec des étudiants hispanophones : Pavarotti, Madonna, Alonso, Zapatero, grosso modo, zorro, fiasco, parking, cinéma, Carmen, abracadabra, Mexico, patio, Los Ángeles, Penelope Cruz, Ulldecona, Antonio Banderas, métro, CD, etc.

Là encore, il s’agit de retrouver, en s’en amusant voire en s’en moquant, l’accent français pour tous ces mots qu’ils connaissent bien.

3. Reproduction de suites logatomiques

Un logatome est un mot (ou encore une syllabe) dénué de signification. On utilise généralement trois types de logatomes : lalala/dadada/mmmm ; chacun a ses adeptes pour différentes raisons. Disons simplement que pour beaucoup la déperdition d’énergie est trop grande avec le mumming sound (mmmm) ; le lalala, construit sur une liquide ([l]), permet mal de détacher distinctement les syllabes. Avec le dadada, qui associe deux éléments contrastés, la voyelle la plus longue et la plus détendue, et une consonne courte et explosive, chaque syllabe est bien nette et séparée des autres. De toute manière, ces trois logatomes font tous ressortir les fréquences de la fondamentale (environ 150 Hz) auxquelles notre corps est très réceptif.

Pourquoi utiliser des logatomes ? Parce qu’il est important d’évacuer le sens : l’étudiant, durant la séance de phonétique (mais d’une manière plus générale, à chaque fois qu’on travaille la forme) se raccroche toujours au sens, ce qui est source de problèmes.

En parole spontanée, quand un locuteur parle sa langue maternelle, on distingue la production de sens (c’est à dire l’adéquation lexicale et morphosyntaxique), qui est un traitement de haut niveau, de la production de sons qui est un traitement de bas niveau et complètement automatisé. En FLE, un conflit procédural surgit : l’étudiant ne peut pas traiter ces deux composantes et revient en terrain connu (c’est à dire qu’il se concentre sur la production de sens) au détriment de la composante sonore, dont il n’a au fond que faire. Le logatome permet donc de désactiver le traitement de haut niveau pour se concentrer sur la production de sons.

Trois types d’activités ici, du plus simple au plus compliqué. L’étudiant répète le logatome que vous lui proposez (n’oubliez pas d’y mettre du rythme, une intonation, etc.). Un deuxième exercice consiste à transformer un énoncé (d’abord court puis de plus en plus long) en logatome. Vous proposez par exemple : « comment ça va ? » et l’étudiant doit formuler : « da/da/da/da ? », en respectant la prosodie de départ. Le troisième exercice est le plus difficile et vous ne pourrez le faire qu’avec des étudiants déjà bien aguerris. Il consiste à proposer un logatome que l’étudiant « remplira » selon sa convenance en respectant, cette fois encore, la prosodie du logatome de départ. Vous proposez par exemple : « da/da/da/da ? », et l’étudiant formule : « Il est parti ? » ou « C’est bien ici ? », etc.

Accentuation phonétique en français : règles et activité

15 décembre 2010

La prosodie regroupe les règles d’accent, de rythme, de mélodie, de débit et de pauses. Longtemps considérée comme accessoire, elle a peu été étudiée avant les années 60. Voici aujourd’hui une activité qui vise à faire découvrir aux étudiants FLE les règles de l’accentuation primaire et du rythme. Pour cela, revenons à quelques principes de bases.

L’unité rythmique pulsionnelle de base est la syllabe. En français, certaines d’entre elles sont mises en relief par une durée plus longue : elles sont environ deux fois plus longues que les autres. Le problème est que l’oreille distingue mal la durée et il est donc capital de sensibiliser les étudiants à ce phénomène. Cette accent est dit primaire car il est obligatoire (l’accent secondaire, ou accent de parole, est facultatif).

Le rythme est l’alternance de syllabes accentuées et non accentuées. Le français est une langue à accent fixe : celui-ci est situé à la fin de chaque groupe rythmique (en espagnol, l’accent est dit « libre » : c’est un accent lexical). Chaque mot perd son accent au profit de la dernière syllabe du groupe rythmique :

Mon pull / mon pull troué

En français, les groupes rythmiques sont très courts : dans leur immense majorité, ils sont constitués de 2, 3 ou 4 syllabes. Qu’est-ce qu’un groupe rythmique ? C’est là qu’est tout le problème car il ne peut être défini que de manière virtuelle : le groupe rythmique peut être suivi d’une pause sans nuire au sens. Il est donc constitué par des éléments qui forment sens (sémantique et accentuation sont étroitement liées). Dans :

Je vais manger du jambon de pays

Il y a 3 (ger/bon/i) ou 2 accents (ger/i), selon que le débit est plus ou moins rapide et que l’articulation est plus ou moins soignée.

L’activité que je vous propose aujourd’hui cherche à sensibiliser les étudiants à ces règles à partir de la chanson de Mickey 3D « Respire ».

Je serais heureux de pouvoir lire vos commentaires !

Activité FLE sur l’accentuation en phonétique

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