Archive pour le ‘Matériel Didactique’ catégorie

Modification, à l’oral, des pronoms personnels sujets

20 octobre 2015

Outre le e caduc, d’autres sons ont tendance à disparaître en français oral spontané. C’est bien sûr le cas du r final, comme dans quatre ou prendre. On dit (exception faite des régions méridionales de France métropolitaine) un [katkat] ou [ilvjɛ̃tpʁatsaʁtʁɛt].

Mais d’autres sons ont aussi tendance à disparaître en oral spontané. Les pronoms personnels sujets sont ainsi largement déformés. On sait que ces pronoms fonctionnent finalement comme des désinences verbales antéposées au verbe. Phonétiquement, la morphologie orale du verbe est souvent identique aux trois premières personnes du singulier (voire aussi à la troisième du pluriel). Je [paʁl], tu [paʁl], il [paʁl], ils [paʁl]. Ce sont donc les pronoms personnels sujets qui nous permettent de distinguer les personnes, et ils sont pour cela indispensables. Mais cela ne nous empêche pas, à l’oral, de les raccourcir dès que c’est possible !

Je devient donc [ʒ] devant consonne sonore et [ʃ] devant consonne sourde en raison de la chute du e caduc : [ʒvɛpaʁtiʁ]  et [ʃpaʁlespaɲol]

Tu se transforme en [t] devant voyelle : [taʁivoʒuʁdɥi] ?

Il et elle sont couramment [i] et [ɛ] devant consonne : [ivaapaʁi] et [ɛvaapaʁi]

On, préféré à Nous, deviendra [n] devant voyelle : [nɛpaaʁive] !

Vous pourra au choix être transformé en [vz], [uz] ou [z] devant voyelle et en [u] devant consonne : [vzalebjɛ̃] ? [uzalebjɛ̃] ? ou [zalebjɛ̃] ? et [upʁənedysykʁ] ?

Enfin, ils et elles deviendront [i] et [ɛ] devant consonne et [iz] et [ɛz] devant voyelle : [ipʁɛnləmetʁo] / [ɛpʁɛnləmetʁo] et [izetɛasi] et [ɛzetɛasiz]

Pour faire découvrir tous ces changements phonétiques aux étudiants B2 ou plus (ce n’est peut-être pas la peine, à mon sens, de le voir avant), il est sans doute préférable de partir de documents authentiques voire de séquences de films. Voici une petite activité préparée à partir d’une scène du film Le goût des autres ; elle a pour but d’étudier les modifications de je, il, vous, et ils.

Activité Modification à l’oral des pronoms personnels sujets

Stage de perfectionnement en verbo-tonale du 24 au 28 août

25 mars 2015

Ancien stagiaire des formations en verbo-tonale organisées par l’Université de Mons, voilà déjà bien longtemps que je souhaiterais revoir et approfondir ma technique. Je m’en étais d’ailleurs ouvert à mon formateur Pietro Intravaia.

Personnellement, les années passant, j’ai souvent le sentiment de privilégier certaines techniques de correction et d’en négliger d’autres : pouvoir compter sur l’œil d’un expert qui diagnostiquerait ma propre pratique m’aiderait beaucoup. De plus, travaillant le plus souvent avec un public relativement homogène (hispanophone et catalanophone), une certaine routine s’est installée malgré moi : il me faudrait en sortir pour profiter pleinement des ressources de la méthode verbo-tonale.

Mais ce type de stage n’était malheureusement jamais proposé !

Pour la première fois, la Scuola Superiore per Mediatori Linguistici CIELS de Padoue organisera, du 24 au 28 août 2015, un stage de perfectionnement en phonétique corrective par la méthodologie verbo-tonale (niveau avancé) réservé exclusivement aux enseignants ayant déjà suivi une initiation à la méthode verbo-tonale.

Ce stage, orienté essentiellement vers la pratique intensive, sera animé par Magali Boureux, professeur au CIELS, Michel Billières, professeur à l’Université Toulouse Jean-Jaurès et Pietro Intravaia, professeur honoraire de l’Université de Mons-Hainaut. Son principal objectif est de transmettre un savoir-faire technique de type artisanal, qui peut difficilement s’acquérir en dehors d’une guidance personnalisée, d’un « compagnonnage » en tandem avec le formateur-praticien.

La brochure du stage et la fiche d’inscription sont disponibles sur les sites internet de Pietro Intravaia et de Michel Billières.

J’ai hâte d’y être !

Évaluation par les pairs : la note ne suffit pas !

13 décembre 2014

Le week-end dernier, j’ai terminé le MOOC « Enseigner et former avec le numérique en langues », en ligne sur la plateforme de France Université Numérique. Ce cours, qui durait quatre semaines, était proposé par l’université Stendhal de Grenoble. Il abordait quatre approches : les formations hybrides en langues, la télécollaboration, les outils de l’intercompréhension et l’exploitation du web social. Chaque semaine traitait d’une approche à partir de deux vidéos et d’une évaluation sous forme de questionnaire à choix multiple. Enfin, tous les participants (nous étions 4500) pouvaient échanger sur le forum et participer/assister aux hang-out hebdomadaires. Une évaluation finale venait clore la formation : nous devions préparer une tâche qui exploitait les ressources du web social et qui pouvait s’intégrer dans un dispositif hybride, dans un projet de télécollaboration ou dans une formation à l’intercompréhension.

Quel bilan tirer de cette expérience ? D’abord, j’ai été heureux de découvrir de nouvelles approches : pas tant celle de la formation hybride, que je connaissais déjà pour la mettre en pratique, que celles de la télécollaboration et de l’intercompréhension. Découvrir est le mot : on peut regretter qu’en raison du format et de la durée de ce cours les sujets soient traités trop superficiellement. De manière générale, c’est d’ailleurs un peu le reproche que je ferais aux MOOC (c’est ma troisième expérience en la matière). Mais un MOOC 2 est apparemment à l’étude et la bibliographie, en attendant, permettra de pallier mes lacunes et ce goût d’inachevé.

J’ai très peu participé aux forums mais lisais régulièrement et assez rapidement les commentaires des participants : en général, les forums ne m’intéressent pas plus que ça et je trouve que j’y perds mon temps. Peut-être ai-je tord. Les hang-out ont généralement réuni des intervenants intéressants, aux expériences variées.

Les évaluations hebdomadaires étaient bien faites, ce qui n’était pas gagné au vu du format choisi (questionnaire à choix multiple). Pour les deux MOOC précédents, j’avais dû parfois répondre à des questions trop faciles voire relativement stupides et qui, de toute façon, à mes yeux, ne validaient absolument rien. Cette fois, je dois dire qu’il me fallait de temps en temps revoir la vidéo ou relire la transcription pour pouvoir répondre, cela m’obligeait donc à réviser un point qui m’avait échappé. Il reste que ce ne sont que des QCM, mais peut-on proposer autre chose ?

La tâche proposée, bien en rapport avec le sujet, ne représentait pas trop d’heures de préparation sans être non plus ridiculement simple. L’évaluation finale, faite par les pairs, était aussi une première pour moi (les autres MOOC organisaient un QCM final). J’en attendais beaucoup, peut-être trop, car mes pairs m’ont un peu déçu ! Pour justifier leur note, ceux-ci pouvaient (c’était optionnel) laisser des commentaires dans chaque section de la grille d’évaluation puis un commentaire général. Or seul un de mes pairs a pris le temps d’un petit commentaire général de 2 lignes ! Je ne sais pas quelle en est la raison. Excès de modestie ? Manque de temps ? Manque d’intérêt ? Ou bien croyance en la note, qui dit tout et se suffit ? Dommage parce que cette note ne m’intéressait pas du tout ; en revanche j’aurais aimé lire des observations plus nombreuses et plus détaillées : personnellement, et je ne crois pas être seul, c’est ce qui m’aide à apprendre. Bref, un très bon MOOC mais peut-être faudrait-il rendre les commentaires « obligatoires » lors des éditions !

Stage de formation à la méthode verbo-tonale

6 mars 2014

Du 2 au 11 juillet prochain, le CIPA (Centre International de Phonétique Appliquée de Mons, Belgique), l’Université de Mons (Faculté de Traduction et d’Interprétation et Laboratoire de Phonétique) et la Universitat Autònoma de Barcelona (Facultat de Lletres et Institut de Ciències de l’Educació) organisent, en collaboration avec la Scuola Superiore per Mediatori Linguistici CIELS de Padoue, un stage de formation à la méthode verbo-tonale de phonétique corrective et d’enseignement de la langue orale.

Ce stage existe depuis de nombreuses années ; c’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai pu me perfectionner à cette méthode voilà déjà 10 ans. Je vous le recommande si vous vous intéressez à la méthode verbo-tonale, c’est vraiment à ne pas manquer. Cette année, pour la première fois, la formation aura lieu à Padoue : l’occasion, en plus, de visiter une belle région ! Vous pouvez consulter toutes les informations sur le site du CIPA ou sur celui de l’Institut italien.

Disparition du e caduc et assimilation régressive

14 novembre 2012

En classe de FLE, on aborde très peu les conséquences de la disparition du e caduc ; et pourtant, elles sont considérables ! La chaine sonore s’en trouve si modifiée que l’apprenant est souvent complètement déstabilisé. On peut étudier ce phénomène de façon non intellectualisée, grâce à la verbo-tonale, ou au contraire de manière explicite : c’est que je voudrais voir aujourd’hui.

En phonétique, on distingue les consonnes sonores, produites en utilisant les cordes vocales, des consonnes sourdes, pour lesquelles nous expulsons un simple filet d’air. Six consonnes sourdes ont leur correspondante sonore :

Consonne sourde

Consonne sonore

p

t

f

s

ʃ

k

b

d

v

z

ʒ

g

 

En français, exception faite des zones méridionales de la métropole, il est fréquent que le e caduc disparaisse à l’oral ; les consonnes à gauche et à droite du e entrent alors en contact. Mais il est impossible de prononcer une consonne sonore suivie d’une consonne sourde (ou l’inverse) : deux consonnes de nature différente ne peuvent pas être prononcées à la suite. Il est donc nécessaire de modifier la nature d’une des consonnes : généralement, en français,  la deuxième influence la première, c’est ce qu’on appelle l’assimilation régressive.

Prenons deux exemples :

–       Dans « Je peux », le e de « je » est caduc : [ʒɘ], et peut disparaitre. Mais [ʒ], consonne sonore, entre alors en contact avec [p], qui est sourd ; par assimilation régressive, le [ʒ] s’assourdit donc et se transforme en [ʃ]. Phonétiquement, « je peux » devient pØ].

–       Dans « Je veux », le e de « je » est lui aussi caduc. [ʒ] est en contact avec [v] ; les deux consonnes étant sonores, aucune modification n’est à signaler : [ʒvØ].

Quelques remarques pour terminer. Il existe en français des cas d’assimilation progressive, comme dans « cheval » et « cheveu », prononcés [ʃfal] et [ʃfØ]. Les habitants de Montréal, au Québec, appliquent d’ailleurs strictement la règle de l’assimilation régressive quand ils prononcent « cheval » [ʒval] ; ce mot, après déformation, a finalement donné son nom au parler de Montréal, le joual.

Associer une consonne du tableau précédent avec un [l] [R] [m] ou [n] ne produit pas de changement phonétique : « pratiquement » [pRatikmã], « nerveusement » [nɛRvØzmã] (je suis conscient d’aller un peu vite en besogne : dans les mots en –isme ou en –asme, par exemple, la tendance est à l’assimilation régressive du « s », sonore au contact de [m]).

Il faut bien veiller à séparer orthographe et phonétique : tous les e caducs ne s’écrivent pas e ! Pensez par exemple à « monsieur » [mɘsjØ] et donc [msjØ], et à « nous faisions » [nufɘziɔ̃], c’est à dire [nuvziɔ̃].

Enfin, le phénomène d’assimilation régressive n’est pas uniquement dû à la disparition du e caduc ; d’autres phonèmes ont également tendance à disparaître ; c’est le cas, notamment, du [R] final (sauf, là encore, dans le sud de la France). Dans la phrase : « Il va prendre sa retraite », la disparition du [R] final dans « prendre » met [d] et [s] en contact ; le [d], par assimilation régressive, se transforme donc en [t]. Si on ajoute que le pronom « il » a tendance, en oral spontané, à être produit [i], la phrase « Il va prendre sa retraite » sera finalement prononcée [ivapRãtsaRtRɛt].

Une fois ces quelques règles expliquées, les étudiants peuvent travailler à partir d’un corpus de phrases qu’ils doivent essayer de transformer : il ne s’agit pas pour eux de prononcer les énoncés ainsi modifiés (il me semble beaucoup plus productif de le travailler grâce à des activités verbo-tonales) mais de poursuivre leur découverte de ce phénomène.

La fonction expressive de la prosodie (prosodie et sémantique)

4 avril 2012

« Vous n’habitez pas Londres, alors? »

– Non, non, pas Londres même. J’habite Watford.

– Ah, Watford, a-t-il répété sans que je puisse déterminer si son intonation exprimait la curiosité, le dédain, la commisération ou autre chose.

Jonathan Coe, La vie très privée de Mr Sim

 

La prosodie (c’est à dire les règles d’accent, de rythme, de mélodie, de débit et de pauses) n’est pas seulement le moule dans lequel se réalisent les phonèmes d’une langue. On ne souligne jamais assez l’importance de sa fonction expressive, c’est à dire que prosodie et sémantique sont étroitement liées. La phonétique a longtemps été le parent pauvre du FLE (ne nous plaignons pas : ça change, ça change…), mais dans le champ même de la phonétique la prosodie reste encore largement négligée…

Combien croyez-vous que d’intonations de base sont couramment transmises à des étudiants FLE ? Deux ! Dans le meilleur des cas, trois : l’affirmation, la question et l’ordre. Or, dès 1966, Delattre publie Les 10 intonations de base du français. G. Faure, en 1970, défend l’idée du parallélisme entre un système « segmental », phonématique, et un système « supra-segmental », prosodématique. Dans les méthodes FLE, Voix et images de France (1960) manifeste un réel intérêt pour le rythme et l’intonation. Plus tard, C’est le Printemps (1975) envisage l’étude de certaines modalités expressives de base dès le début de l’apprentissage (grâce aux logatomes).

La prosodie nous permet en effet d’exprimer la joie, la tristesse, le doute, l’ironie, l’insistance, l’incrédulité, l’intérêt, le mépris, la réserve, l’indifférence polie, etc., bref, toute la gamme des sentiments humains. Accent primaire, accent de parole, rythme, débit, pauses, mélodie, tous les instruments sont réquisitionnés pour dire plus que ce que nos mots disent. La phrase : « Tu as rencontré Jean en Hollande ? » aura différentes significations selon la façon dont on la dira : intonations montantes sur Jean et Hollande : question sur Jean et Hollande ; intonation montante seulement sur Hollande : question sur Hollande ; intonation montante sur Jean et descendante sur Hollande : question sur la personne.

Certains expliquent la place traditionnellement limitée de la prosodie par le peu de marques écrites qu’elle laisse.  , ; . : ! ? … sont en effet les seules traces des éléments rythmico-mélodiques à l’écrit. Mais combien de textes resteraient figés dans une prosodie s’il avait été possible à leur auteur de spécifier par écrit toutes les nuances de la prosodie auxquelles il songeait ? C’est tout l’art de l’interprétation au théâtre ou au cinéma de jouer à fond sur cette dimension de la langue. Michel Bouquet expose précisément que l’art de l’acteur est « de couper plus ou moins la phrase et de lui apporter certaines accentuations afin d’en souligner la valeur et le sens. C’est exactement plaquer une mélodie sur la phrase » (La leçon de comédie, Archimbaud, 2003, p. 58-59). Si le texte est grand, c’est qu’il peut être dit d’une multitude de façons qui sont chacune justes.

Combien de remarquables interprétations grâce au pouvoir de la prosodie parfaitement maîtrisée par des acteurs au sommet de leur art ! Je pense par exemple à la scène de Cyrano où Roxanne annonce à Cyrano qu’elle aime Christian : pour toute réponse, notre héros gascon y multiplie de simple « Ah ! ». Dans le film de Rappeneau, Gérard Depardieu module naturellement toutes ces interjections ; chaque « Ah ! » a son intonation, sa longueur, son rythme, et chacun a donc une signification différente.

Songez aussi que certaines pièces de théâtre ont été écrites précisément à partir de la prosodie : Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute, où deux personnages se disputent sur le fait de savoir comment a été prononcée, par l’un deux, la phrase : « C’est bien ça ! ». Mépris ? Envie ? Admiration ? C’est tout le sujet de la pièce ! On peut évidemment mentionner Finissez vos phrases de Tardieu, qui montre par l’absurde que ce qui fait sens, dans nos propos, ne sont pas les mots, c’est à dire les phonèmes/morphèmes, mais précisément la prosodie.

Le problème de cette fonction expressive est parfois le manque de consensus pour les natifs eux-mêmes ; chacun peut avoir sa propre interprétation d’un schéma rythmico-mélodique. Cela relève du domaine de la phonostylistique, qui étudie « les valeurs expressives de la langue exprimées par les sons de la parole ».

Quoi qu’il en soit, il est relativement facile de dégager une dizaine de modèles prosodiques qui expriment des sentiments de base. Suivant l’exemple de Pietro Intravaia*, qui dans son ouvrage s’était amusé à multiplier les nuances affectives de simples phrases comme « Il a une voiture » ou « Et vous le vendez », je vous propose d’écouter 7 fois la phrase : « Il va neiger demain. » Si nous pouvions au moins travailler en classe ces 7 modèles très récurrents en français oral, ce serait déjà bien !

1. Affirmation
2. Question
3. Vérification (n’est-ce pas ! j’ai bien compris ?)
4. Surprise (je ne savais pas)
5. Incrédulité, doute
6. Insistance devant scepticisme (puisque je te dis)
7. Affolement (mes beaux géraniums vont y passer !)

Je pourrai, dans un prochain post, essayer de définir ces modèles : ce n’est pas précisément facile. C’est pour cette raison qu’il est plus simple de les faire répéter par les étudiants.

*Formation des professeurs de langue en phonétique corrective, Le système verbo-tonal, P. Intravaia, CIPA, 2003

Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (3)

1 avril 2011

Troisième et dernier article sur les activités d’imitation/répétition très simples qui vous permettent de sensibiliser vos apprenants FLE à la prosodie française !

 

7. Battement du rythme

On peut tout utiliser pour battre le rythme, mais la manière la plus facile et sans aucun doute la plus efficace est celle de frapper dans ses mains, car on peut aisément moduler le volume sonore : à pleines mains, avec les paumes, ou seulement de l’extrémité des doigts. Une activité simple et très efficace est celle où on fait « tourner » des mots ou de courts énoncés parmi le groupe. Rendons à César ce qui est à César, c’est Régine Llorca (dont je reparlerai ici dans quelque temps) qui avait inventé cet exercice et que j’avais vue travailler il y a déjà quelques années.

Dans un premier temps, on se contente de mots d’une syllabe. Le groupe, en cercle, imprime un rythme : chacun tape dans ses mains (ne pas aller trop rapidement et veiller à ce que les étudiants n’accélèrent pas durant l’exercice). A chaque impulsion, et suivant une rotation dans le sens des aiguilles d’une montre (ou dans le sens inverse), un étudiant prononce un mot d’une syllabe. Si l’étudiant ne sait pas quoi dire quand c’est son tour, il peut simplement prononcer « Da ».

En général, les apprenants croient ne pas connaître suffisamment de mots et « paniquent » quand c’est leur tour (mais, pour ce même exercice, même des natifs stressent un peu, essayez vous-même, vous verrez !) ; pour cette raison, avant l’exercice, je note au tableau, sous leur dictée, une liste de mots d’une syllabe qu’ils peuvent citer : cela constitue une espèce d’anti-sèche qui les tranquillise (l’inconvénient est qu’ils restent « collés » à cette liste et n’en sortent pas : la deuxième fois qu’on fait l’exercice, on peut se passer de cette étape). Au début, je vous conseille de les laisser taper à pleines mains pour faire un maximum de bruit : vous n’entendrez pas ce que disent les étudiants mais cela leur permet justement de se « cacher » derrière ce bruit et de s’installer dans l’activité. Ensuite, demandez-leur de battre le rythme simplement de l’extrémité des doigts.

Dans un deuxième temps, recommencez l’activité mais avec des mots ou des groupes de mots de deux syllabes. L’objectif consiste, quand c’est son tour, à dire la deuxième syllabe lors de la pulsation rythmique du groupe. Puis faites l’exercice avec 3 et 4 syllabes (avec toujours la pulsation rythmique sur la 3ème et la 4ème syllabe).

À titre d’exemple, vous aurez un résultat du type : Comment ça va ? /  j’ai mal au bras /  hippopotame / le chien qui dort / etc. (en caractères gras : la pulsation rythmique)

Ce n’est pas un exercice facile. Mais avec un peu de pratique, vous verrez que les apprenants commencent à noter, d’une manière auditive mais aussi physiquement, qu’en français la syllabe accentuée est toujours en fin de groupe. Et c’est très amusant !

Quand votre groupe commencera à être à l’aise avec l’activité, vous pourrez lui proposer, comme Régine Llorca le fait, de continuer cette histoire : « Lundi matin / j’ai rencontré/… »

Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (2)

16 mars 2011

Afin de sensibiliser vos apprenants FLE à la prosodie française, voici d’autres activités d’imitation/répétition très simples.

4. Les comptines

Souvenez-vous : lorsque vous appreniez votre langue maternelle, vos parents vous ont sûrement chanté quelques comptines. Vous adoriez, d’ailleurs, les répéter ad nauseum ! C’est que les comptines sont parfaites pour apprendre la prosodie d’une langue : elles font percevoir ses composantes rythmiques et ses intonations logiques.

Facilement perçue, facilement mémorisée, une comptine est également facilement reproduite. De plus, sa structure répétitive, fermée, permet d’anticiper, et donc de s’y « installer » : en un mot elle donne confiance à l’apprenant.

Cherchez donc dans votre mémoire toutes les chansons de votre enfance : les Frère Jacques, Amstram gram, Sur le pont d’Avignon, Une souris verte, etc. feront parfaitement l’affaire et vous serez surpris du résultat !

5. Sensibilisation à l’expressivité

Tous les étrangers connaissent l’expression française : « Oh la la ! », qui leur semble toujours le comble de la langue français. Peu savent combien cette expression est riche de significations suivant l’intonation qu’on lui prête. De « Je suis fatigué » à « Il va arriver une catastrophe ! » en passant par les cris d’admiration, « Oh la la ! » offre une palette très large. Avec des débutants, vous pouvez leur en proposer vous-même différentes versions et leur en demander ensuite la signification (dans quelles situations on pourrait les dire). C’est l’occasion pour eux de les réemployer. Avec les niveaux plus avancés, il est possible que les étudiants eux-mêmes proposent des intonations différentes pour « Oh la la ! ». Pour pouvez décliner ces activités avec d’autres phrases comme « Eh ben dis donc ! » ou « Et voilà ! ».

Pour ceux qui ont accès aux cds du livre de Pietro Intravaia, vous pourrez travailler avec les documents sonores qui proposent jusqu’à treize significations différentes de phrases aussi simples que « Il a une voiture » et « Et vous vous le vendez ? »

6. Découpage régressif ou progressif

Ils permettent une mémorisation de longs énoncés. Le découpage peut être syllabique (à l’intérieur d’un groupe rythmique) ou en groupes rythmiques (GR).

Le découpage syllabique progressif en syllabation ouverte sensibilise aux enchaînements, aux pauses, aux élisions ; il fait percevoir que les syllabes atones sont bien réalisées et « tendues » (c’est à dire le rythme isosyllabique du français). Ex. : « Il est arrivé c’matin » : i ; i/lest ; i/lest/ta ; i/lest/ta ; i/lest/ta/rri ; i/lest/ta/rri/vés ; i/lest/ta/rri/vés/ma ; i/lest/ta/rri/vés/ma/tin.

Le découpage syllabique régressif sert à désactiver l’accès et la recherche de sens et oblige ainsi l’apprenant à l’écoute ; il fait mieux percevoir (et mieux mémoriser puisqu’elle est répétée à chaque production) la syllabe accentuée du GR. Ex. : « Il est arrivé c’matin ? » : tin ? ; ma/tin ? ; vés/ma/tin ? ; ri/vés/ma/tin ? ; ta/rri/vés/ma/tin ? ; lest/ta/rri/vés/ma/tin ? ; i/lest/ta/rri/vés/ma/tin ?

Le découpage en GR régressif est très utile pour mieux placer l’intonation. Ex. : maintenant ! ; pourquoi tu dis ça/ maintenant ! ; Je ne comprends pas / pourquoi tu dis ça / maintenant !

Avec le découpage en GR progressif, l’étudiant perçoit mieux la syllabe accentuée (c’est à dire allongée) : Je ne lis pas ; Je ne lis pas / les journaux français ; Je ne lis pas / les journaux français / quand je voyage ; Je ne lis pas / les journaux français / quand je voyage / à l’étranger.

Les découpages sont également utiles pour la correction des phonèmes, mais nous le verrons plus tard !

Quelques activités de sensibilisation à la prosodie en FLE (1)

3 mars 2011

Comment aborder la phonétique, dès les premières classes et dès le niveau débutant ? Pris presque au dépourvu, on ne sait généralement pas par quoi commencer… eh bien par le commencement, c’est à dire la prosodie ! Bien avant de faire, par exemple, l’activité que je vous proposais il y a quelques mois et qui vise à ce que les étudiants découvrent par eux-mêmes les règles de la prosodie française, vous pouvez commencer par les sensibiliser à ses particularités. Comment ? Je vous propose de voir aujourd’hui et les deux prochaines fois des activités d’imitation/répétition très simples.

1. Imitation de l’accent français dans la langue maternelle de l’étudiant

Les apprenants s’amusent beaucoup à imiter l’accent des Français qui parlent leur langue. Les encourager à le faire leur permet de se désinhiber (pour une fois, ce ne sont plus eux qui ont l’air ridicule en essayant de bien prononcer le français) et d’assimiler inconsciemment les premières règles de prosodie. Plus l’imitation est caricaturale, meilleure elle est : celui qui imite bien a compris.

2. Prononcer des mots, noms, expressions internationaux ou qui sont communs à la L1 et la L2

Voici par exemple une petite liste que j’utilise avec des étudiants hispanophones : Pavarotti, Madonna, Alonso, Zapatero, grosso modo, zorro, fiasco, parking, cinéma, Carmen, abracadabra, Mexico, patio, Los Ángeles, Penelope Cruz, Ulldecona, Antonio Banderas, métro, CD, etc.

Là encore, il s’agit de retrouver, en s’en amusant voire en s’en moquant, l’accent français pour tous ces mots qu’ils connaissent bien.

3. Reproduction de suites logatomiques

Un logatome est un mot (ou encore une syllabe) dénué de signification. On utilise généralement trois types de logatomes : lalala/dadada/mmmm ; chacun a ses adeptes pour différentes raisons. Disons simplement que pour beaucoup la déperdition d’énergie est trop grande avec le mumming sound (mmmm) ; le lalala, construit sur une liquide ([l]), permet mal de détacher distinctement les syllabes. Avec le dadada, qui associe deux éléments contrastés, la voyelle la plus longue et la plus détendue, et une consonne courte et explosive, chaque syllabe est bien nette et séparée des autres. De toute manière, ces trois logatomes font tous ressortir les fréquences de la fondamentale (environ 150 Hz) auxquelles notre corps est très réceptif.

Pourquoi utiliser des logatomes ? Parce qu’il est important d’évacuer le sens : l’étudiant, durant la séance de phonétique (mais d’une manière plus générale, à chaque fois qu’on travaille la forme) se raccroche toujours au sens, ce qui est source de problèmes.

En parole spontanée, quand un locuteur parle sa langue maternelle, on distingue la production de sens (c’est à dire l’adéquation lexicale et morphosyntaxique), qui est un traitement de haut niveau, de la production de sons qui est un traitement de bas niveau et complètement automatisé. En FLE, un conflit procédural surgit : l’étudiant ne peut pas traiter ces deux composantes et revient en terrain connu (c’est à dire qu’il se concentre sur la production de sens) au détriment de la composante sonore, dont il n’a au fond que faire. Le logatome permet donc de désactiver le traitement de haut niveau pour se concentrer sur la production de sons.

Trois types d’activités ici, du plus simple au plus compliqué. L’étudiant répète le logatome que vous lui proposez (n’oubliez pas d’y mettre du rythme, une intonation, etc.). Un deuxième exercice consiste à transformer un énoncé (d’abord court puis de plus en plus long) en logatome. Vous proposez par exemple : « comment ça va ? » et l’étudiant doit formuler : « da/da/da/da ? », en respectant la prosodie de départ. Le troisième exercice est le plus difficile et vous ne pourrez le faire qu’avec des étudiants déjà bien aguerris. Il consiste à proposer un logatome que l’étudiant « remplira » selon sa convenance en respectant, cette fois encore, la prosodie du logatome de départ. Vous proposez par exemple : « da/da/da/da ? », et l’étudiant formule : « Il est parti ? » ou « C’est bien ici ? », etc.

Le texte des dialogues d’Archipel

19 janvier 2011

Voici quelques mois, j’avais promis à un lecteur de mettre en ligne les dialogues d’Archipel : eh bien les voici ! C’est un peu mon cadeau de Nouvelle Année…

On dira ce qu’on voudra, ces dialogues sont souvent parfaits pour travailler la phonétique (voir mon billet précédent). Certes, ces dialogues ont parfois vieilli, et 30 ans sont passés par là. On ne fume plus dans les trains ni les avions ; le franc a disparu au profit de l’euro ; qui dit encore : « S’il te plaît, jeune homme ! » ? ; l’ouvreuse ne chante plus dans les cinémas : « Bonbons, esquimaux, chocolats glacés ! » ; les « loubards » ont été remplacés par les « jeunes » (c’est dire à quel point de méfiance vis à vis de la jeunesse on est arrivé) ; le super et l’ordinaire n’existent plus ; aujourd’hui, vous chercherez en vain le starter dans votre voiture ; les Citroën CX à embrayage automatique ont disparu de nos rues, etc.

Mais tout ceci ne pose évidemment aucun problème : il suffit d’adapter le texte et de remplacer « franc » par « euro », « super » et « ordinaire » par « essence », etc.

Curieusement, quelques dialogues nous montrent combien nous avons peu avancé sur certains sujets : celui de la situation 6 de l’unité 11 aborde déjà les questions d’écologie, du prix et de l’épuisement prochain du pétrole, et des énergies nouvelles (qu’on appelle aujourd’hui « renouvelables »).

Ces dialogues sont donc une photo exemplaire de la France du début des années 80, tant du point de vue sociétal que de la didactique du FLE. Je soulignerai simplement une « étrangeté » : la grande majorité des relations humaines mises en dialogues sont commerciales (vendeur/client) ; c’est que nous sommes en plein dans la méthodologie communicative : parler une langue, c’était alors s’informer et informer, et, époque oblige (ces années 80 qu’on appellera les « années fric »), c’était de préférence s’informer et informer sur l’argent.

Personnellement, j’aime beaucoup « Où sont les billets d’avion ? », « À l’entracte » (même s’il est complètement dépassé, ce dialogue permet de travailler rythme et intonation quand l’ouvreuse chante : « Bonbon-on-on-ons, esquimau-au-au-aux, chocolats glacé-é-é-é-é-s ! »), « le steak de Janine », « J’ai perdu mon ticket », « J’ai mal à la gorge », « Un rôti, c’est parti ! », « Des gauloises, s’il vous plaît ! », « J’ai changé de voiture », « Je t’attends depuis trois quarts d’heure », « Il  a quinze jours que je ne dors pas », « Qui va payer le taxi ? », « Tu peux me prêter 500 balles ? ». Beaucoup de ces dialogues sont amusants (les étudiants rient d’ailleurs très souvent aux répliques des interlocuteurs) et, très expressifs, ils permettent de travailler la prosodie.

Bonne année à tous !

Les dialogues d’Archipel 1

Les dialogues d’Archipel 2

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