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Évaluation par les pairs : la note ne suffit pas !

13 décembre 2014

Le week-end dernier, j’ai terminé le MOOC « Enseigner et former avec le numérique en langues », en ligne sur la plateforme de France Université Numérique. Ce cours, qui durait quatre semaines, était proposé par l’université Stendhal de Grenoble. Il abordait quatre approches : les formations hybrides en langues, la télécollaboration, les outils de l’intercompréhension et l’exploitation du web social. Chaque semaine traitait d’une approche à partir de deux vidéos et d’une évaluation sous forme de questionnaire à choix multiple. Enfin, tous les participants (nous étions 4500) pouvaient échanger sur le forum et participer/assister aux hang-out hebdomadaires. Une évaluation finale venait clore la formation : nous devions préparer une tâche qui exploitait les ressources du web social et qui pouvait s’intégrer dans un dispositif hybride, dans un projet de télécollaboration ou dans une formation à l’intercompréhension.

Quel bilan tirer de cette expérience ? D’abord, j’ai été heureux de découvrir de nouvelles approches : pas tant celle de la formation hybride, que je connaissais déjà pour la mettre en pratique, que celles de la télécollaboration et de l’intercompréhension. Découvrir est le mot : on peut regretter qu’en raison du format et de la durée de ce cours les sujets soient traités trop superficiellement. De manière générale, c’est d’ailleurs un peu le reproche que je ferais aux MOOC (c’est ma troisième expérience en la matière). Mais un MOOC 2 est apparemment à l’étude et la bibliographie, en attendant, permettra de pallier mes lacunes et ce goût d’inachevé.

J’ai très peu participé aux forums mais lisais régulièrement et assez rapidement les commentaires des participants : en général, les forums ne m’intéressent pas plus que ça et je trouve que j’y perds mon temps. Peut-être ai-je tord. Les hang-out ont généralement réuni des intervenants intéressants, aux expériences variées.

Les évaluations hebdomadaires étaient bien faites, ce qui n’était pas gagné au vu du format choisi (questionnaire à choix multiple). Pour les deux MOOC précédents, j’avais dû parfois répondre à des questions trop faciles voire relativement stupides et qui, de toute façon, à mes yeux, ne validaient absolument rien. Cette fois, je dois dire qu’il me fallait de temps en temps revoir la vidéo ou relire la transcription pour pouvoir répondre, cela m’obligeait donc à réviser un point qui m’avait échappé. Il reste que ce ne sont que des QCM, mais peut-on proposer autre chose ?

La tâche proposée, bien en rapport avec le sujet, ne représentait pas trop d’heures de préparation sans être non plus ridiculement simple. L’évaluation finale, faite par les pairs, était aussi une première pour moi (les autres MOOC organisaient un QCM final). J’en attendais beaucoup, peut-être trop, car mes pairs m’ont un peu déçu ! Pour justifier leur note, ceux-ci pouvaient (c’était optionnel) laisser des commentaires dans chaque section de la grille d’évaluation puis un commentaire général. Or seul un de mes pairs a pris le temps d’un petit commentaire général de 2 lignes ! Je ne sais pas quelle en est la raison. Excès de modestie ? Manque de temps ? Manque d’intérêt ? Ou bien croyance en la note, qui dit tout et se suffit ? Dommage parce que cette note ne m’intéressait pas du tout ; en revanche j’aurais aimé lire des observations plus nombreuses et plus détaillées : personnellement, et je ne crois pas être seul, c’est ce qui m’aide à apprendre. Bref, un très bon MOOC mais peut-être faudrait-il rendre les commentaires « obligatoires » lors des éditions !

L’écriture numérique en FLE

30 janvier 2012

Comme le soulignent R. Bouchard et L. Kadi dans leur présentation du dernier numéro de Recherches et Applications (nº 51, janvier 2012, « Didactiques de l’écrit et nouvelles pratiques d’écriture »), « les publications sur l’enseignement de l’écrit sont relativement rares ». Ils ont d’ailleurs raison de rappeler que « la méthodologie, sinon la didactique, des langues vivantes a pris son autonomie en mettant en avant l’oral comme objet d’apprentissage prioritaire ». Et pourtant, ce numéro de R&A montre bien à quel point, en dépit des antiennes sur la disparition progressive de l’écrit, celui-ci est plus vivant que jamais, certes sous de nouvelles formes, c’est-à-dire, notamment, sous celle de « l’écrit numérique ».

Les étudiants FLE (du moins dans mes cours en entreprises) ont une demande répétée: pouvoir être capables d’échanger des mails en français. Je dois avouer qu’aborder un tel apprentissage me pose souvent des problèmes : quelles sont les caractéristiques de cette écriture ? Comment les transmettre ? Faute d’avoir les idées claires sur la question, je navigue, comme bien souvent, à coups d’empirisme. Eh bien, dans le dernier numéro de R&A, j’ai trouvé quelques pistes intéressantes qui vont m’aider un peu.

Les mails relèvent de ce que G. Vigner (R&A, nº51, « Écrire en FLE : quel enseignement pour quel apprentissage ? ») appelle « les écrits d’interaction » (qu’il distingue des « écrits d’accompagnement » –pour prendre des notes par exemple- et « des écrits de production » –comme pour rédiger un dossier). Ces écrits mobilisent la capacité à interagir et celle à gérer des tours de paroles ; ils visent à l’expression de soi et font directement référence à une énonciation antérieure. On voit immédiatement que l’écriture numérique présente de nombreux points communs avec l’oral. C’est tout le propos de M. Marcoccia, qui, dans son article (« Conversationnalisation et contextualisation : deux phénomènes pour décrire l’écriture numérique »), a le mérite de montrer les particularités de l’écriture numérique.

Selon lui, « de nombreuses caractéristiques de l’écriture numérique en situation d’échange relèvent de la conversationnalisation dans la mesure où elles contribuent à l’importation du registre et des spécificités de la conversation ordinaire en face à face dans un autre type d’échange discursif ». De même, il souligne l’importance des procédés de contextualisation, « c’est-à-dire des activités par lesquelles les internautes rendent accessibles et pertinents divers aspects du contexte d’énonciation (normalement inaccessible en situation de communication en ligne), pour permettre l’interprétation de leur message ».

Le courrier électronique est un écrit numérique asynchrone (c’est-à-dire différé, en opposition avec les écrits numériques synchrones, qui permettent l’échange en direct ou quasi direct, comme la messagerie instantanée). M. Marcoccia souligne que ceux-ci sont « généralement plus formels et plus proches de l’écrit standard que les écrits numériques synchrones, […] « parce que les scripteurs ont conscience de leur archivage et de leur pérennisation par le système ». On voit donc que l’écriture numérique ne correspond pas simplement à l’adoption d’un style oral mais qu’elle constitue en quelque sorte un « entre-deux » –entre écrit et oral– ou même semble les dépasser (selon M. Marcoccia, elle serait « au-delà de l’opposition écrit-oral »).

Enfin, il dresse une liste des caractéristiques de ces écrits numériques :

–       l’usage prédominant du présent

–       la fréquence plus importante qu’à l’oral et qu’à l’écrit de pronoms de première personne

–       l’importance de l’utilisation des verbes modaux

–       les procédés de simplification d’écriture (comme les abréviations)

–       l’écriture phonétique

Tout cela me sera très profitable pour mes prochains cours !!

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