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Modification, à l’oral, des pronoms personnels sujets

20 octobre 2015

Outre le e caduc, d’autres sons ont tendance à disparaître en français oral spontané. C’est bien sûr le cas du r final, comme dans quatre ou prendre. On dit (exception faite des régions méridionales de France métropolitaine) un [katkat] ou [ilvjɛ̃tpʁatsaʁtʁɛt].

Mais d’autres sons ont aussi tendance à disparaître en oral spontané. Les pronoms personnels sujets sont ainsi largement déformés. On sait que ces pronoms fonctionnent finalement comme des désinences verbales antéposées au verbe. Phonétiquement, la morphologie orale du verbe est souvent identique aux trois premières personnes du singulier (voire aussi à la troisième du pluriel). Je [paʁl], tu [paʁl], il [paʁl], ils [paʁl]. Ce sont donc les pronoms personnels sujets qui nous permettent de distinguer les personnes, et ils sont pour cela indispensables. Mais cela ne nous empêche pas, à l’oral, de les raccourcir dès que c’est possible !

Je devient donc [ʒ] devant consonne sonore et [ʃ] devant consonne sourde en raison de la chute du e caduc : [ʒvɛpaʁtiʁ]  et [ʃpaʁlespaɲol]

Tu se transforme en [t] devant voyelle : [taʁivoʒuʁdɥi] ?

Il et elle sont couramment [i] et [ɛ] devant consonne : [ivaapaʁi] et [ɛvaapaʁi]

On, préféré à Nous, deviendra [n] devant voyelle : [nɛpaaʁive] !

Vous pourra au choix être transformé en [vz], [uz] ou [z] devant voyelle et en [u] devant consonne : [vzalebjɛ̃] ? [uzalebjɛ̃] ? ou [zalebjɛ̃] ? et [upʁənedysykʁ] ?

Enfin, ils et elles deviendront [i] et [ɛ] devant consonne et [iz] et [ɛz] devant voyelle : [ipʁɛnləmetʁo] / [ɛpʁɛnləmetʁo] et [izetɛasi] et [ɛzetɛasiz]

Pour faire découvrir tous ces changements phonétiques aux étudiants B2 ou plus (ce n’est peut-être pas la peine, à mon sens, de le voir avant), il est sans doute préférable de partir de documents authentiques voire de séquences de films. Voici une petite activité préparée à partir d’une scène du film Le goût des autres ; elle a pour but d’étudier les modifications de je, il, vous, et ils.

Activité Modification à l’oral des pronoms personnels sujets

La grammaire introduite et expliquée par la phonétique

27 février 2013

 

C’est sans doute le fruit de mon obsession pour l’oral : je ne comprends pas qu’on s’entête encore à aborder certains points de grammaire en faisant fi de la phonétique. Tout pourrait être pourtant si simple !

Chacun sait que lors de l’introduction des adjectifs démonstratifs, il lui faut immédiatement signaler aux étudiants que la forme au masculin singulier « ce » se transforme en « cet » devant voyelle ; au chapitre des adjectifs possessifs, rebelote : « sa » devient « son » devant voyelle ; il lui faudra préciser un jour ou l’autre que « vieux » se transforme parfois en « vieil », « beau » en « bel », etc. , ou répondre à la question : « Monsieur, pourquoi il y a un « t » dans « Reviendra-t-il ? », à quoi ça sert ? », etc. Les étudiants, immanquablement, pesteront contre ces maudits Français qui compliquent tout à loisir.

Il serait beaucoup efficace d’expliquer aux étudiants que les Français détestent tout simplement l’hiatus (c’est à dire la succession de deux voyelles appartenant à des syllabes différentes) et qu’ils sont très inventifs quand il s’agit de l’éviter (ce qui n’est malheureusement pas toujours possible). Disons simplement que le principe récurrent est d’intercaler une consonne entre les deux voyelles en question. A partir de là, il devient facile d’introduire non seulement de nombreuses « exceptions » mais aussi certaines déformations orales.

1. Explications de certaines « exceptions » grammaticales :

  • L’adjectif démonstratif masculin singulier Ce est modifié : Cet
  • L’adjectif possessif féminin à la troisième personne du singulier Sa se transforme en Son
  • Les articles Le et La deviennent L’
  • Certains adjectifs sont transformés : par exemple, beau devient bel et vieux change en vieil 
  • L’ajout d’un « t » de liaison dans certaines inversions sujet-verbe pour l’interrogation (quand le verbe termine par une voyelle et que le pronom commence lui aussi par une voyelle) : Reviendra-t-il ? A-t-il chanté ?

 

2. Explication de la règle de la liaison :

Pourquoi s’amuse-t-on à faire des liaisons en français ? Justement pout éviter l’hiatus, pas pour autre chose ! La chose se complique ensuite puisque certaines liaisons sont obligatoires, d’autres facultatives et les dernières interdites. Mais c’est une autre histoire.

 

3. Explication de certaines déformations orales

Certaines déformations orales sont incorrectes et pourtant très fréquentes dans le discours spontané et familier :

  • En principe, « Qu’ » est la version du pronom relatif ou interrogatif Que devant voyelle :

C’est ce que je dis / C’est ce qu’il fait / Qu’est-il arrivé ?

mais « Qu’ » devient aussi, à l’oral, la version du pronom relatif « Qui » devant un mot commençant par voyelle : « L’homme qui est arrivé hier » se transforme alors en « L’homme qu’est arrivé hier »

  • De la même façon, « Tu » devient « T’ » devant voyelle : « Tu es arrivé hier ? » / « T’es arrivé hier ? »

Introduire l’hiatus en classe de FLE, c’est faire d’une pierre deux coups : vous travaillerez un point important de la phonétique du français tout en abordant de nombreuses « irrégularités » morphologiques -qui ne sont pas si bizarres que cela puisqu’elles s’expliquent. Vos étudiants vous en seront reconnaissants : c’est toujours un soulagement quand une raison commune finit par justifier une série d’incohérences apparentes !

 

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