La dimension interculturelle dans la pratique de classe

31 mai 2010 par Philippe Mijon Laisser une réponse »

On pourrait définir rapidement l’interculturel par le résultat du frottement entre cultures lié à une mise en perspective. Les dimensions interculturelles dans ma pratique sont diverses et ont nécessairement évolué. Ce qui me semble intéressant est surtout qu’elles recoupent l’histoire de l’interculturalité (IC) et de sa place dans le FLE. De la même façon qu’une nouvelle méthodologie n’éclipse pas les précédentes et qu’à un moment donné toutes les méthodologies coexistent, il est évident qu’on peut aborder l’IC de différentes manières, qui correspondent aux différentes définitions de cette IC.

• L’interculturalité implicite
Le pari est que l’apprenant fera de lui-même le chemin de l’IC. Il s’agit donc d’un cours magistral où la culture de la langue d’apprentissage est « donnée » ; l’apprenant comparera ensuite, seul, sa propre culture à la nouvelle culture. C’est par exemple le parti pris de la méthode Alter Ego dans sa rubrique « Point culture ».
Pour aborder l’usage du tutoiement et du vouvoiement en France, il suffira ainsi de décrire les cercles sociaux dans lesquels Tu et Vous sont utilisés, de traiter leur histoire et leur évolution, etc.
Mais le danger est grand, sinon inévitable, que cet enseignement de l’IC ne se réduise à l’anecdote, au dépaysement, et en fin de compte, à l’exotisme. Peut-on alors réellement parler d’IC ?

• L’interculturalité explicite
Le principe est ici que l’IC est orchestrée par l’enseignant. Celui-ci organise un va-et-vient entre les croyances, les réalités de la culture d’apprentissage et celles de la culture maternelle. Pour aborder la question du tutoiement, le professeur questionne directement les apprenants: existe-t-il un usage similaire dans votre langue ? Comment, dans votre langue, parlez-vous à un étranger, un ami, un membre de votre famille ? etc.
Mais cette IC est souvent reléguée en fin de leçon (voir à ce sujet de nombreuses méthodes de langue, comme Français.com ou Objectif Express, pour n’en citer que deux). L’IC, dans ce cas-là, est le petit « plus » de la classe de langue, comme s’il ne s’agissait pas de FLE à proprement parler. Le sous-entendu évident de cette conception est que l’IC est optionnelle.

• L’interculturalité au centre du FLE
L’enseignement s’organise autour et pour l’IC. Celle-ci a une place centrale dans l’enseignement et n’est plus relayée en fin de leçon. Tout l’enseignement du FLE (compétence linguistique et compétence pragmatique) s’organise à partir de l’IC.
Pour reprendre notre exemple, c’est donc à partir du concept de tutoiement/vouvoiement et de leur usage que s’ordonne le cours et que seront abordés les désinences verbales, la phonétique, les liens entre code écrit et code oral, etc.

Le cours de FLE n’est plus ni un cours de langue, ni un cours sur ou de culture, ni même l’analyse contrastive de deux cultures, mais une découverte de soi-même et de l’autre, où ce qui prime et fonde l’IC est « la modestie intellectuelle », pour reprendre les mots de Camilleri (qui souligne la nécessité d’accepter l’autre non pas par condescendance ou obligation mais par «modestie intellectuelle»). Cette approche interculturelle peut bien sûr alterner avec d’autres approches comme l’approche actionnelle, qui oriente, elle, l’apprentissage vers le faire.

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12 commentaires

  1. Philippe,

    J’aurais bien aimé d’avoir vous comme professeur de français!

    Cordialement,
    Petra

  2. Philippe dit :

    Bonjour Petra,

    C’est très gentil de votre part ! On essaie juste de faire du mieux qu’on peut !

    Bien cordialement,

    Philippe

  3. Yasmine dit :

    bonjour,
    c’est très intéressant
    que pensez vous de la place de l’interculturel dans l’enseignement du FLS (le cas : Enfants nouvellement arrivés en France et du voyage)
    je dois faire un mémoire sur l’ interculturel en FLE/FLS merci de m’aider avec quelques conseils
    cordialement,
    Yasmine

  4. Philippe dit :

    Bonjour Yasmine,
    je ne suis malheureusement pas du tout un spécialiste en FLS et encore moins en ce qui concerne les primo-arrivants… J’aurai du mal à vous aider… Je me souviens simplement que lors de mon Master 2 en FLE à Vichy nous avions eu un séminaire avec une prof qui travaillait depuis des années avec des primo-arrivants et que la place de l’interculturel y était considérable (je pense à quelques séquences de classe filmées où chacun, notamment, présentait son pays et sa culture d’une manière théâtrale).
    Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’interculturel dans ces classes me semble absolument fondamental dans la mesure où il s’agit précisément d’enfants qui ont quitté leur pays et leur culture, bref : leurs racines, et qu’il faut valoriser cette richesse et cette différence (au lieu, bien sûr, de les nier ou plus insidieusement de les ignorer), tout en leur enseignant la culture de la terre d’accueil : tout réside là, les deux volets sont nécessaires et c’est ce qui fait la particularité des classes de primo-arrivants. L’interculturel, dans ces classes, devrait donc être le point de départ ou le point d’arrivée de beaucoup de séquences de classes.
    Avez-vous regardé ce qui se fait en la matière dans les autres pays européens (en Espagne, d’après ce que je sais, la dimension interculturelle est pratiquement absente) ?
    Bon courage pour votre mémoire !

  5. Jennie dit :

    Bonjour Philippe,

    Tout juste vous dire que je viens de decouvrir votre site et que j’en suis tres ravie. J’y reviendrai pour tes questions plus precises.

    Cordialement,
    Jennie

  6. Philippe dit :

    Bonjour Jennie,
    Merci et à bientôt pour vos commentaires !

    Philippe

  7. louisa aroua nécib dit :

    je vous remercie profondément M.Philippe

  8. Je vous en prie Louisa ! Je suis toujours très heureux de voir que mes modestes articles peuvent aider apprenants et professeurs !

  9. bonsoir Mr philippe, je prepare ma memoire et je vais parler de l’enseignement apprentissage du FLE dans la perspective intercultuelle en 12e classe. juste pour savoir selon vs, que serait la problematique en question?

  10. Bonjour Kashindi Sikabwe,

    Mais je ne sais pas du tout !! Sur cette question, les problématiques sont presque infinies ! (et je ne sais pas à à quoi correspond « la 12ème classe »…).
    Je suis désolé mais je ne peux vraiment pas beaucoup vous aider…

  11. Gaby dit :

    Bonjour Monsieur Mijon,

    Je découvre à l’instant votre site et trouve son contenu très intéressant.

    Je m’interroge sur la façon dont les enseignants devraient procéder pour se former à l’interculturalité lorsque le public auxquels ils s’adressent est très hétérogène.

    Pourriez-vous me donner votre avis sur la question.
    Merci beaucoup.

    Très cordialement,

    Gaby

  12. Bonjour Gaby,
    La formation interculturelle peut intéresser l’apprenant (surtout dans le domaine professionnel mais pas seulement). En revanche, il me semble difficile de dire que le professeur de langue doive « se former » à l’interculturalité : cela sous-entendrait qu’il devrait connaitre la culture de ses apprenants, ce qui n’est absolument pas nécessaire même si ça peut aider (de la même manière, on n’exige pas du professeur de FLE de parler ou même de comprendre les langues maternelles de tous ses étudiants). Son rôle est d’être un facilitateur et d’aider l’apprenant à faire le chemin de l’interculturalité. Peu importe donc si le public est hétérogène ou non. La méthode est toujours la même : les trois pistes que j’avançais dans l’article me semblent toujours pertinentes (mais elles ne prétendent évidemment pas faire le tour de la question).
    Bien à vous,

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